Reportage sur les premiers pas de l’industrialisation : quatre deeptech, quatre trajectoires, une exigence
Avec onze nouveaux sites industriels, les startups co-fondées par Linksium se révèlent être clé dans la réindustrialisation locale et régionale. Reportage sur les premiers pas de quatre jeunes startups industrielles.
Certaines startups comme Rosi, Vulkam ou MagreeSource ont déjà franchi des étapes avancées sur la voie de l'industrialisation. D’autres, plus récentes, font leurs premiers pas industriels comme par exemple Anodine, Hymag'in, Microlight 3D et Moïz.
Dans cet article, nous leur donnons la parole. Quatre deeptech, quatre trajectoires, une ambition commune : contribuer à une industrie souveraine, en partant de zéro, grâce à des technologies disruptives sur des marchés mondiaux, issues de la recherche publique grenobloise.
Tout commence par un marché qui accélère
Pour ces entreprises, l'industrialisation est la réponse à une demande devenue tangible. Chez Moïz, le signal est venu de clients majeurs comme Rio Tinto, la SNCF ou la CNR (Compagnie Nationale du Rhône). Pour Dimitri Taïnoff, CEO de Moïz : « C’est un moment de satisfaction car c’est la phase de concrétisation, de rencontre avec le marché, qui permet de faire des économies d’échelle ». En 2025, l'entreprise a déjà produit une centaine de pièces, prouvant la viabilité de ses capteurs IoT sans batterie.
Pour Anodine, le déclic industriel s'inscrit dans un enjeu de souveraineté nationale : « Il s’agit de ramener en France un savoir-faire aujourd'hui dominé par l'Asie et recycler des métaux rares jusqu’à 75%. Anodine s’est structurée selon une approche frugale. C’est un atout pour se démarquer sur nos marchés », décrit Baptiste Dautreppe, co-fondateur d’Anodine. Les machines se démultiplient pour répondre aux commandes, mais avec prudence. « Identifier les étapes critiques... et résoudre les problèmes un à un avant d’investir massivement » conseille ainsi le jeune dirigeant. Idem pour Microlight 3D et Hymag’in, ce sont les ventes qui tractent le dimensionnement du site industriel. D’ailleurs, avoir un site industriel crédibilise l’entreprise et facilite les ventes. Denis Barbier ajoute : « Depuis un an, on travaille avec des clients japonais. Ils sont venus, ils ont vu notre organisation industrielle. On n’aurait jamais pu faire affaire avec eux dans nos anciens locaux. »
Dimensionner sans surinvestir : l’art du palier
Toutes ont adopté une approche par paliers. Anodine a conçu une ligne intermédiaire pour franchir la « vallée de la mort industrielle » (1 000 à 10 000 pièces). La startup prévoit une montée progressive vers un site plus grand et automatisé d’ici 2027. Hymag’in structure son développement en trois étapes : pilote R&D, pilote industriel, puis usine à horizon 2030. Philippe Le Bouteiller, CTO et co-fondateur de Hymag’in, souligne : « le dimensionnement de notre capacité de production repose sur un arbitrage permanent entre le risque industriel, l’ambition et le financement ». Pour Microlight 3D, Denis Barbier, CEO, a fait le choix audacieux de dimensionner ses locaux pour produire trois fois plus de machines à terme. Rémi Piquard, responsable production chez Microlight 3D, a conçu et structuré l’espace ainsi que les flux de production à partir d’un plateau vide, en s’appuyant sur ses dix années d’expérience dans des environnements industriels exigeants. Rémi Piquard déploie de nouveaux savoir-faire associés, qu’il est en mesure de transmettre. Cette transmission permettra d’augmenter la cadence de production en garantissant les standards de qualité. Moïz, de son côté, externalise entièrement sa production sur le modèle « fabless ». Dimitri Taïnoff, CEO de Moïz, a choisi ce modèle, classique dans l’électronique, et conclut : « Suite à un diagnostic industriel cofinancé par Bpifrance, il est apparu clairement que l’internalisation du montage des produits n’était pas le meilleur choix, nous avons donc opté, pour l’instant, pour un modèle fabless ».
S’approvisionner dans un monde sous tension
Les contraintes varient selon les technologies et les tensions géostratégiques, mais les approvisionnements sont pris en compte dès la mise en place de la chaîne de valeur. Microlight 3D mise sur son agilité en qualifiant rapidement des composants électroniques alternatifs en cas de pénurie et privilégie les fournisseurs locaux pour leur flexibilité. Cette flexibilité devient un avantage compétitif. Baptiste Dautreppe d’Anodine explique : « Nous faisons face à des tensions sur des métaux stratégiques comme le ruthénium. Le prix de ce composant a augmenté de plus de 200%. Dès son origine, Anodine a prévu le plan B. Notre procédé de fabrication se distingue par une moindre consommation de ce composant par rapport à nos concurrents. De plus, une stratégie d’économie circulaire va progressivement neutraliser cette dépendance. Au final, cette tension va progressivement devenir un sérieux avantage concurrentiel ». Hymag’in utilise des matières premières non critiques et des équipements simples à spécifier, ce qui facilite son passage à l’échelle. Moïz, utilisant des composants standards, limite les risques grâce à des alternatives disponibles.
Réglementation et certifications : anticiper sans attendre
Moïz engage activement les démarches CE et ATEX, grâce notamment à une subvention de la Grenoble Alpes Métropole. Ce sont des démarches incontournables sur les marchés et dans les environnements industriels sensibles pour toute entreprise du secteur électronique. Microlight 3D applique déjà des procédures qualité sans certification formelle. La tendance est que les entreprises intègrent progressivement les exigences de certification en amont (ISO, marquage CE), et se certifient lorsque cet effort est indispensable.
Les nouveaux besoins d’une équipe élargie
L’industrialisation impose une évolution des organisations. Anodine a déjà deux opérateurs en poste, en plus des 3 dirigeants cofondateurs. L’équipe va bientôt se renforcer avec le recrutement d’une personne au poste de directeur de production et supply chain. Hymag’in, qui a doublé ses effectifs, formalise ses processus et sa gouvernance. Microlight 3D insiste sur la nécessité de recruter des profils « différents de la R&D, spécialisés en méthodes et organisation pour libérer les équipes R&D et améliorer la productivité ». Moïz limite les recrutements industriels grâce à l’externalisation, concentrant ses ressources sur le produit et le marché.
Liens avec la recherche publique : une relation qui se transforme
Hymag’in travaille activement avec un réseau académique bien au-delà de Grenoble Alpes. La startup collabore sur Grenoble avec deux laboratoires grenoblois ISTerre et Croma, dont les tutelles sont UGA, CNRS ,USMB, et nourrit son déploiement R&D avec des collaborations avec d’autres laboratoires de recherche publique à l’échelle nationale (Limoges, Brest, Nice). Microlight 3D maintient des partenariats académiques notamment via des projets subventionnés (ANR, projets européens, financements en lien avec la Région Auvergne Rhône Alpes). Anodine continue des collaborations ponctuelles au fil de ses besoins de tests notamment. Moïz, de son côté, continue, en parallèle du lancement de ces premiers produits, de développer des innovations de rupture avec le CNRS. Ce point est essentiel pour l’avenir de la société.
Ces parcours montrent qu’il n’existe pas de modèle unique pour l’industrialisation d’une deeptech. Chaque entreprise adapte sa stratégie à ses contraintes. Une constante demeure : la capacité des équipes à construire des solutions robustes, étape par étape, face aux défis exigeants du passage à l’échelle industrielle.
Reportage photo sur les 4 sites industriels situés dans la métropole grenobloise :


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