Comité d'investissement de Linksium : des experts qui boostent les projets
Treize personnalités de l'écosystème évaluent, mois après mois, des projets issus des laboratoires de la recherche publique de l’arc alpin en vue d’un transfert de technologies vers le monde de l'entreprise. Ce mois de septembre, le comité d'investissement se réunit pour la 95ᵉ fois. Focus sur ce comité aussi discret qu'essentiel, où se met en œuvre la stratégie d’investissement de Linksium.
Le pitch du projet devant le comité
Face aux porteurs de projet, un panel d'experts aux profils très différents : investisseurs aguerris, directeurs de recherche de groupes internationaux, serial-entrepreneurs, spécialistes de la santé, du numérique. Ce qui fait la force du comité, c'est moins la somme des expertises individuelles que la manière dont elles se complètent. Emmanuelle Paris, associée et COO de Kheoos, résume l'esprit qui doit animer chaque membre : « Le membre idéal doit faire preuve d'authenticité et croire en la force d'un collectif très diversifié. »
Le comité s'est récemment féminisé et compte désormais cinq femmes, une évolution saluée comme une évidence par l'écosystème grenoblois. « La récente féminisation du comité crée une nouvelle dynamique très riche ! » se réjouit Odile Allard, fondatrice de la medtech Fluoptics.
Pour rencontrer le comité, un projet doit d'abord remplir plusieurs conditions : maturité technologique minimale (preuve de concept expérimentale ou de laboratoire), protection des résultats effective, posture de valorisation univoque ... En amont du comité, Linksium accompagne les chercheurs à structurer leur dossier de candidature par des analyses de marché, par une mise à jour de leur programme de travail et de leur plan de financement.
Les questions constructives
Lors du pitch du projet, la bienveillance ne rime pas avec complaisance. Les porteurs sont interpellés quant à leur prise en compte des attentes du monde économique. « Je veux apporter de la lucidité à des chercheurs parfois trop absorbés par leur technologie, il faut les pousser à lever le nez pour se confronter aux besoins du marché », explique Odile Allard.
Michel Gastaldo, directeur de recherche chez Naver Labs Europe, va plus loin : il s'agit de bousculer la conviction, fréquente chez les porteurs, que leur technologie de rupture n'a pas de concurrence. « Parfois, on demande aux porteurs de prendre en compte qu’une activité existante va entrer en collision avec leur innovation de rupture, de se rapprocher d'un acteur aux synergies évidentes, de se réorienter pour suivre une voie plus prometteuse. On leur pose des questions dures pour dérisquer leurs projets. Si c'était trop gentil, ce ne serait pas les aider. »
Ces questions ne sont jamais anodines. Elles interrogent tout autant l'équipe que la technologie elle-même. « Je challenge la consistance des business plans mais j'analyse avant tout le facteur humain », précise Emmanuelle Paris, car un projet, avant d'être une invention, reste une aventure humaine portée par des femmes et des hommes qui doivent prouver qu'ils sauront la mener à bien.
La recommandation
De ces vifs échanges naît un avis. Les perceptions peuvent diverger au départ, mais la diversité des profils autour de la table, investisseurs, chercheurs, entrepreneurs, fait émerger une lecture collective plus juste que n'importe quel avis isolé. Vincent Deltrieu, Managing Partner chez Yotta Capital, décrit l'esprit qui anime ces échanges : « Il y a ici une dynamique collective saine, dépourvue d'égo. On parle de pair à pair aux porteurs. »
C'est dans cet esprit que se formule la recommandation. « L'évaluation n'est jamais une sanction ni une récompense, c'est une véritable co-création pour donner aux projets les ressorts pour progresser », résume Vincent Deltrieu. L’état d’esprit du comité : conseiller les pépites qui ont du potentiel, ne pas solliciter des ressources autour de projets qui ne semblent pas suffisamment dotés d’atouts pour réussir. Michel Gastaldo rappelle d'ailleurs les limites de ce rôle : le comité est là pour « valoriser des résultats de recherche, mais pas pour remplacer les travaux qui relèvent d'un laboratoire de recherche ».
L'issue
Pour les porteurs, l'expérience laisse rarement indifférent. Au-delà de l'avis rendu, ils repartent avec des retours à chaud, des pistes à explorer, parfois des mises en relation inattendues, le comité agissant autant comme un jury que comme un réseau. Et pour les membres eux-mêmes, cet engagement bénévole se nourrit d'une stimulation qui vient s'ajouter au devoir de reconnaissance envers un écosystème qui, pour beaucoup d'entre eux, leur a beaucoup apporté.
Après dix ans d'existence, le comité voit ses effets se manifester dans la durée. Michel Gastaldo en témoigne : « En 10 ans, les projets sont plus matures, mieux préparés, et globalement la maturation s'accélère, et les projets deviennent plus rapidement des entreprises. » Une accélération qui confirme que la bienveillance et l'exigence, si elles se combinent, comité après comité, est probablement la bonne alchimie pour transformer une preuve de concept de laboratoire en future entreprise.